jeudi, 05 novembre 2020 20:51

Homélie de la Toussaint du Père J.-Y. Dirou

« un temps de Toussaint » voilà bien une expression qui cette année prend une résonnance particulière, dans une année qui ne l’est pas moins.
Dans un courrier des lecteurs, une personne écrivait récemment : « plutôt que de changer d’heure, on ferait mieux de changer d’année tout de suite ! »
Au printemps qui se pointait il nous avait déjà fallu expérimenter le confinement et à l’hiver qui lui succède nous devons y retourner. Oui, drôle d’année certes ... si anxiogène et surtout lourde de conséquences pour tant et tant d’entre nous.
Frères et sœurs,
Et pourtant nous sommes vivants ! Et il nous faut vivre ! Peut-être qu’au-delà de cette année noire et de ce temps de Toussaint, c’est le moment précis de cette eucharistie en cette fête qu’il nous faut d’abord saisir, pour se laisser encourager et redresser par cette fête et sa liturgie qui nous rassemble. Oui Dieu fait de nous sa famille ; nous sommes son Peuple, le Peuple Saint de Dieu. Et avec tous ceux et celles qui nous ont précédés, nous vivons dans l’espérance du renouveau de Dieu, par-delà toutes finitude, tristesse et inquiétude ... et finalement par-delà même la mort : oui le salut de Dieu est là offert pour tous dans la vie qu’il nous donne déjà sur cette terre, et dans SA vie dans laquelle il nous prendra pour l’éternité. Mystère de la vie ici-bas, beauté de la vie malgré tout, parce qu’elle est appelée au salut que Dieu nous donne, en Jésus, Lui « Dieu-avec-nous ». Et l’Esprit Saint en est le ressort dynamique, qui nous tient dans le désir de vivre et de vivre en désirant Dieu ... cette foi de tant et tant de ceux qui nous ont précédés dans cette aventure et qu’ils nous ont transmise.
« Bien-aimés,
voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu
– et nous le sommes. »
Cette conviction de foi chez St Jean le conduit à affirmer le salut que Dieu donnera à ceux qui l’auront cherché et désiré :
« Nous le savons : quand cela sera manifesté,
nous lui serons semblables
car nous le verrons tel qu’il est.
Et quiconque met en lui une telle espérance
se rend pur comme lui-même est pur. »

« semblables à Lui / nous le verrons tel qu’il est » ... ceux qui veulent savoir précisément ce qu’est l’au-delà, ou pire ceux qui croient savoir, ne trouveront ni chez Jean ni chez aucun autre disciple du Christ de quoi se satisfaire. La beauté mystérieuse de toute vie conduit au Mystère d’où elle vient : en Dieu. « Nous le verrons » dit Jean et c’est tout. Et Paul d’ajouter dans une de ses lettres : « Dieu sera tout en tous » (1Co, 15, 28)
Cette année noire que nous vivons réveille en nous angoisses et inquiétudes pour nous-même, pour les nôtres, pour ce monde. Ce sentiment –bien légitime- de précarité nous pousse facilement à la peur aussi. Et une fois encore, nous ne pouvons pas trop vite ou trop facilement évacuer de notre esprit et de nos journées cette incertitude d’où naît la peur.
Mais pour le disciple du Christ et avec lui tous les chercheurs de Dieu, la peur peut-elle à ce point nous emprisonner au point d’avoir le dernier mot, ou en tout cas de conditionner toute notre existence, au risque de la paralyser ? Je ne fais plus, je ne ferai plus / je ne sors plus, je ne sortirai plus / j’ose de moins en moins aller vers les autres et je crains même de ne plus sortir de moi-même.

Frères et sœurs, que nos inquiétudes aussi fondées et légitimes soient-elles ne prennent jamais le dessus sur notre désir de vivre, et pour nous « vivre, c’est le Christ » (comme dit Paul), dans le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain !
Foule immense, qui se tient ... « debout devant le Trône et devant l’Agneau,
vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.
Et ils s’écriaient d’une voix forte :
« Le salut appartient à notre Dieu
qui siège sur le Trône
et à l’Agneau ! »

Ce que nous apprenons de cette foule, c’est que chacun d’eux : hommes, femmes, petits, jeunes et enfants, vieux, noirs ou blancs « ont le front marqué du sceau des serviteurs de notre Dieu ». C’est-à-dire que leur désir de Dieu, d’une manière ou d’une autre, les a plongés dans la vie du Christ, lui en qui Dieu nous a aimés le premier. Lui l’Agneau mystique de l’Ancien Testament autant que du Livre de l’Apocalypse ... Il s’est offert pour nous, pour nous donner Dieu / Il a porté le péché du monde / en sa chair il a tué la haine ... égorgé pour notre Salut.

Cette fresque tout aussi magnifique que vertigineuse de la vision de l’Apocalypse devrait nous faire frémir .... ô non de peur ! Mais de consolation et d’espérance plus fortes que toutes turpitudes et toutes morts. Elle y décrit ces Vivants : ils sont autour du trône de l’Agneau, attirés et rassemblés par Lui ... sauvés surtout dans son sang. Leur joie, leur béatitude est bien d’être passé par « la grande épreuve », ils ont lavé leurs robes dans le Sang de l’Agneau... Ils n’ont plus peur...
Leur béatitude céleste vient après leur joie terrestre, la joie de la foi. D’où vient-elle ? De quoi était-elle faite ?
De leur fidélité jusqu’au bout, à l’école même du Christ.
De leur désir de chercher et de chanter la louange de Dieu, à l’école même du Christ.
De leur volonté de faire le bien, quoi qu’il en coute et à l’école même du Christ.
« Heureux les pauvres de cœur / ceux qui pleurent / les doux / ceux qui ont faim et soif de la justice / Heureux les miséricordieux / les cœurs purs / les artisans de paix / ceux qui sont persécutés pour la justice.
Frères et sœurs, dans ces églises qui nous abritent et nous rassemblent, nous sommes déjà tournés vers le trône de l’Agneau et toujours attirés par l’autel de Dieu... En Jésus, Dieu se donne déjà et toujours à nous. « Faites cela en mémoire de moi ! »
Aurions-nous peur ? Alors que nous sommes chez nous dans la Maison de Dieu ! La seule peur qui devrait nous peser serait celle d’oublier d’y venir, de s’y rassembler alors qu’Il s’y donne à nous.
Aurions-nous peur de la « grande épreuve » ? Alors que nous avons été plongés pour l’éternité dans la vie de Dieu par le salut du Christ ! Et qu’ici-bas déjà nous sommes choisis par Lui, Peuple Saint de Dieu... La seule peur qui devrait nous rendre fébrile est bien celle de la tiédeur, qui mène à l’indifférence et l’oubli de Dieu.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Pensez-vous qu’ils avaient peur, ces trois paroissiens de la basilique Notre Dame de l’Assomption à Nice ? De leur agresseur fou, oui sans doute ... et encore souhaitons qu’ils n’en aient pas trop eu le temps.
A l’inverse de toute peur surement, martyrs innocents, c’est la foi et la confiance en l’amour de Dieu qui les transportés là ce matin-là, dans leur église qu’ils aimaient, où ils se sentaient comme à la maison, parce que joyeux d’être de la famille de Dieu et d’habiter sa maison !
Honneur à vous, saints et martyrs d’hier et d’aujourd’hui ! Et nous chantons avec vous :
« Agneau de Dieu, louange à toi. Tu nous rachètes par ton sang.
Fais-nous marcher sur les chemins, de tes martyrs et de tes saints.
ALLELUIA ! »

Dernière modification le jeudi, 05 novembre 2020 21:01

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